L'INTRODUCTION
L'implantation de ce centre de production à Saint-Félicien faisait suite à différents constats sur la ressource et
sur les besoins du programme Techniques du Milieu Naturel du Cégep de Saint-Félicien de se doter d'un centre physique de
production. Un colloque sur la Ouananiche du Lac Saint-Jean avait été réalisé en 1984 conjointement avec le
Cégep et MLCP Régional. En 1985, une étude de faisabilité a été réalisée
sur l'implantation de ce centre, ce qui impliquait la recherche d'un site, les aménagements requis, les plans ainsi que des budgets
d'opération. Le Centre Écologique fut construit en 1988. Le plan de production des juvéniles de Ouananiche
était effectué en fonction des 6 besoins exprimés par le ministère, gestionnaire de la ressource.
LA OUANANICHE, REINE DU LAC SAINT-JEAN
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En 1647, la Ouananiche fait parler d'elle pour la première fois par le père Jean Dequen. Mais c'est vers la fin des années
1800 que la réputation de la Ouananiche commença à déborder les frontières de la région. À cette époque, l'américain H.-J. Beemer
obtint les droits de pêche sur le territoire et opéra pendant plusieurs années un vaste complexe récréo-touristique qui comprenait
hôtels et bateaux à vapeur. Le succès de son entreprise reposait sur le luxe de ses installations, mais avant tout sur la qualité
exceptionnelle de la pêche à la Ouananiche. La renommée de la Ouananiche se répandit partout à travers le monde.
Dans les registres de l'Hôtel Roberval se côtoient une multitude de noms de princes, de comtes et même un tsar de Russie
(Grégoire Galitzin), Thomas Édison, Oscar Strauss et L'écrivain Arthur Buies.
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Beemer sait bien que la pierre angulaire de son entreprise repose sur la Ouananiche. Il investit de fortes sommes dans
l'établissement d'une pisciculture pour pourvoir au peuplement du Lac Saint-Jean et du Saguenay. Établie en 1897, elle fut en
opération pendant 11 ans, produisant un demi million de jeunes Ouananiches dans les belles années.
La chute de l'empire 'Beemer (1890-1909) n'est cependant pas reliée à une baisse de la qualité de pêche,
mais à une suite d'accidents (feux des hôtels et d'un bateau, noyade de journalistes en rivière) qui ébranlèrent la
structure financière de l'entreprise.
1890 : Il se capture en moyenne 8 Ouananiches par heure de pêche !
OUANANICHE ET TERRITOIRE: EXPLOITATION MAXIMALE
Après l'époque Beemer, marquée principalement par l'attrait pour la Ouananiche, c'est le territoire régional
et son immense potentiel qui fut d'un intérêt de la part des visiteurs. En particulier, c'est le potentiel hydraulique du bassin
versant qui est convoité, ce qui mènera à la construction du barrage d'Île Maligne sur la Décharge,
mis en eau en 1926. Cet épisode eut des répercussions pour les riverains du lac, mais également pour la Ouananiche
qui perdit ainsi un territoire très productif, en plus de couper la circulation entre le Lac Saint-Jean et la rivière Saguenay.
La Ouananiche dut également s'ajuster à un habitat en lac modifié.
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Tranquille pendant quelques années, notamment en raison de la crise économique et de la guerre, la Ouananiche
subira d'autres coups majeurs par la suite. Construction de barrages sur la rivière Péribonka (la rivière la plus
productive) afin d'optimiser la production d'électricité et de régulariser les variations de niveau du Lac Saint-Jean.
Développement de l'exploitation forestière conduisant à la perte de d'autres sections de rivières lors de la
construction de barrages associés au frottage du bois. La Ouananiche venait encore de perdre des habitats importants.
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1960 : Malgré ces pertes, la population de Ouananiche tient bon. La récolte annuelle est estimée à
40 000 Ouananiches
L'augmentation du niveau d'exploitation est aussi un phénomène qui a affecté la ressource. Par exemple, le
développement de la villégiature, qui a vu le nombre de résidences passer d'environ 300 à plus de 4 500, a
accentué la présence des pêcheurs sportifs sur le lac. On estime à environ 40 000 excursions par saison
l'effort de pêche à la Ouananiche dans les années 1970.
1985 : Il faut 11 heures pour capturer une Ouananiche et la récolte est estimée à 20 000 Ouananiches !
LE DÉBUT DE LA FIN?
Même si la saison de pêche de 1985 fut très bonne, c'est cette même année que le constat de rupture
de stock devint évident. Seulement 62 géniteurs furent dénombrés dans la rivière aux Saumons alors
que depuis 5 ans, il en passait entre 362 et 588. La montaison de la rivière Mistassini (334) était également une des
plus faibles pour cette période. Il était alors évident que la qualité de pêche serait fortement compromise.
La saison de pêche 1986 fut très mauvaise. Les abus des pêcheurs, le braconnage et de nombreux autres facteurs avaient
transformé une ressource abondante en une population menacée. Malheureusement, une ressource renouvelable n'est pas
inépuisable, la région est coupable d'avoir trop longtemps entretenu l'ilIusion de l'abondance de cette mer intérieure.
1986 : Il faut 20 heures pour capturer une Ouananiche et la récolte est estimée à 5 000 Ouananiches !
CENTRE ÉCOLOGIQUE DU LAC ST-JEAN ET PROGRAMME D'ENSEMENCEMENT
Il devient alors évident que les modifications apportées à la réglementation ne pourront permettre à
elles seules de restaurer cette population et la qualité de la pêche. 1. Une augmentation de la production de juvéniles
s'imposait, ce que seul un programme d'ensemencement pouvait apporter.
C'est à ce moment que voit le jour le projet du Centre Écologique du Lac St-Jean. Celui-ci concerne l'installation d'une
pisciculture ultramoderne à vocations multiples, qui servira pour le programme de restauration de la Ouananiche, pour la recherche
et pour l'enseignement, en appui au programme d'aquaculture du Cégep de Saint-Félicien. En 1987, ce financement pour
l'implantation de ce centre est complété. Bilan 2,5 millions d'investissement dont 800 000$ proviennent du milieu régional
(annexe 1), ce qui témoigne de la volonté locale de participer concrètement à la réhabilitation de cette
ressource. De façon encore plus concrète, la Ouananiche devient l'emblème animalier de la région en 1988.
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Dès le départ du projet, le ministère modifia son programme d'ensemencement de façon à tenir
compte d'une nouvelle approche qui visait à respecter l'intégrité des souches génétiques en race,
en fonction des rivières d'origine. Même si ce scénario engendrait des coûts de production supplémentaires
pour le Centre Écologique, celui-ci accepta d'ajuster son plan de production en conséquence. Concrètement
cela impliquait pour le Centre Écologique :
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Dès le début du programme, installation d'un pavillon de reconditionnement pour réduire les besoins de prélèvement
en nature et maximiser la production d'oeufs.
Marquage des géniteurs à l'aide d'une puce et suivi individuel de la contribution.
Modification du sexe-ratio pour assurer la diversité génétique.
Augmentation de la fraye de géniteurs frais pour assurer la diversité génétique.
Transfert futur vers un approvisionnement en oeufs 100% frais, donc modification des besoins du pavillon de reconditionnement.
Incubation des oeufs en lots séparés en fonction de la rivière d'origine.
Élevage des poissons en bassins séparés en fonction de la rivière à l'origine.
Préparation des poissons pour l'ensemencement, de façon séparée.
En 1996, un chercheur de l'Université Laval démontra grâce à l'ADN que les quatre rivières à
Ouananiches alimentant le Lac Saint-Jean produisent des Ouananiches distinctes au point de vue génétique. Cette différence
est largement plus prononcée que ce qui a été retrouvé chez le Saumon atlantique. L'approche de 1988
de respecter les souches dans le programme d'ensemencement s'est donc avérée fort pertinente.
1990 : Les premières Ouananiches sont ensemencées. Au total 1,6 million de Ouananiches ont été
ensemencées de 1990 à 1999, pour une valeur de 2,3 millions de dollars !
LA CHUTE CONTINUE
En 1992, les MRC se regroupent pour analyser la faisabilité technique, biologique et économique d'une exploitation en
rivière. La réponse a été brutale : impossible, il ne reste même plus assez de Ouananiches dans les
rivières pour garantir la pérennité de la population. En 1992 et 1993, 34 et 27 géniteurs sont recensés
dans la rivière aux Saumons, 256 et 137 dans la Mistassini. Le projet qui suivit a donc été axé sur la prise en
main de la gestion de l'exploitation de la ressource, ce qui inclut son suivi et sa protection. Cette démarche mènera en 1996
à la création de la Corporation de Activité Pêche Lac-Saint-Jean qui gère depuis ce temps l'exploitation
de la ressource sur l'ensemble du territoire. Cependant, plusieurs intervenants pensaient alors : trop peu, trop tard.
LA OUANANICHE REPREND SA PLACE DANS SON ROYAUME.
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Longtemps considéré comme la capitale mondiale de pêche à la Ouananiche, le Lac Saint-Jean reprend enfin
ses lettres de noblesse au milieu des années 90, à la plus grande satisfaction des pêcheurs sportifs. Les facteurs
explicatifs du retour de la Ouananiche à un niveau plus intéressant sont évidemment en bonne partie directement
attribuables aux ensemencements sans lesquels la situation serait toute autre. Mais également ceux-ci sont reliés au niveau
d'exploitation plus faible, aux mesures réglementaires et aux bons niveaux de reproduction du début des années 90.
La population demeure toutefois fragile car les montaisons de reproducteurs qui contribueront aux prochaines saisons de pêche ont été
très peu abondantes dans certaines rivières.
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La qualité de pêche étant â la hausse, les pêcheurs sportifs recherchant spécifiquement la
Ouananiche sont également plus présents; La fréquentation en jours-pêcheur étant passée
de 9 200 en 1996 à plus de 18 000 en 1999. Les pêcheurs de l'extérieur de la région sont de plus en plus fréquents
sur le lac. En 1997, la qualité de la pêche s'est considérablement améliorée. Le succès de pêche
se compare aux meilleures années, même si le nombre de capture est plus faible. La pêche fut trois fois plus productive
qu'en 1993. La taille des Ouananiches est également nettement supérieure à 1993, une bonne quantité de prises
dépassant les 4 lbs.
1997 : Il faut 13 heures pour capturer une Ouananiche et la récolte est estimée à 5 200 Ouananiches.
Le nombre de géniteurs en rivière est également à la hausse. Au début des années 90,
on estimait à environ 2 700 le nombre total de géniteurs dans les rivières du Lac Saint-Jean. En 1997, ils étaient
environ 6 050, en 1998 environ 9 800 et en 1999 autour de 7 500. On estime. à 9 000 le nombre de géniteurs requis pour obtenir
un potentiel de production optimal, considérant les sections de rivières accessibles et la capacité de support
théorique du Lac.
1999 : Il faut 8 heures pour capturer une Ouananiche et la récolte est estimée à 12 200 Ouananiches.
IMPORTANCE DES POISSONS ENSEMENCÉS
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L'importance des ensemencements sur le retour en santé de la population de Ouananiches est indéniable. En 1994 et 1996,
on estime qu'une Ouananiche sur trois capturée en lac provient des ensemencements. En 1995, on estime que la proportion est autour
de 50% dans les secteurs ouest du lac et jusqu'à 75% dans les secteurs à l'est. Depuis 1997, la proportion de poissons ensemencés
dans la récolte se maintient autour de 30% annuellement.
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Les poissons ensemencés sont également très présents en rivière. Leur contribution annuelle est la
suivante : en 1995 aux Saumons 34% et Métabetchouan 39% ; en 1997 Ashuapmushuan 45% aux Saumons 24% et
Métabetchouan 54% ; en 1998 Ashuapmushuan 24% aux Saumons 24% :Métabetchouan 48% et 8% pour la Mistassini.
IMPLICATION DU CENTRE ÉCOLOGIQUE DANS LE SUIVI DE LA RESSOURCE
Le Centre Écologique a participé au cours de ces 10 années, avec différents partenaires, à
une vingtaine de projets concernant directement la Ouananiche et son habitat. Ces projets étaient de natures variées:
éducation, étude de population, acquisition de connaissances sur des espèces liées, dénombrement
des géniteurs en montaison, enquête auprès des pêcheurs, installation et opération d'incubateurs à
courant ascendant et bien d'autres.
De plus, le Centre a participé à plus d'une soixantaine d'études en environnement au Lac Saint-Jean et ailleurs au Québec.
Par exemple, le Centre Écologique a travaillé sur la restauration de la population d'éperlans arc-en-ciel de la rive sud de
l'estuaire du Saint-Laurent qui est menacée. L'ensemble de ces projets ont permis au Centre Écologique de monter une équipe
de professionnels en environnement qui possède une bonne crédibilité dans le domaine et qui constitue un actif
intéressant pour l'organisation.
INITIATIVES DU CENTRE ÉCOLOGIQUE CONCERNANT LA OUANANICHE
Le Centre Écologique est à l'origine de la création de la Fondation Régionale de la Ouananiche au Lac St-Jean
qui permet d'optimiser fiscalement les contributions des entreprises et qui a également amassé des fonds via des collectes et des
activités bénéfices pour bonifier le nombre de poissons ensemencés.
Le Centre Écologique est à l'origine de la création d'un comité scientifique qui a établi les priorités
de recherche sur la Ouananiche et son habitat afin de mieux comprendre ce système des plus complexes.
Le Centre Écologique a fait don d'un équivalent de 93 000$ en poissons pour ensemencer.
FUTUR: PÉRENNITÉ DE LA RESSOURCE ET DU CENTRE ÉCOLOGIQUE
2000: Arrêt des ensemencements
La CLAP et le Service de la faune régional décide en 2001 d'arrêter les ensemencements. Après les bonnes
montaisons, ils n'avaient aucun doute que l'état de la population des Ouananiches permettrait d'envisager avec optimisme une pêcherie
durable dans ce plan d'eau. Malheureusement, aussitôt, la population a chuté dû à des facteurs mal compris.
Aujourd'hui les gestionnaires croient que la seule raison pour la chute est un manque d'éperlans arc-en-ciel. Cependant, il faut demeurer prudent
pour que le désengagement du gouvernement dans les ensemencements au cours des prochaines années, conjugué
avec une augmentation à prévoir au niveau de l'exploitation, ne refasse pas basculer la ressource si chèrement
réhabilitée.
Malgré la situation dramatique de la Ouananiche le Centre Écologique doit dire mission accomplie. Il est présentement
en voie de transformation afin de poursuivre son implication future dans son milieu. Il travaille notamment au développement de l'aquaculture
grâce à la valorisation des rejets thermiques de l'usine SFK Pâte de Saint-Félicien, un projet unique très
prometteur pour ce secteur d'activité.
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